La mémoire de l'eau

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Message par Area le Jeu 12 Fév - 18:44

La mémoire de l’eau est le nom donné à une théorie datant de 1988 selon laquelle l’eau qui a été en contact avec une substance conserve les propriétés de cette substance alors que celle-ci ne s’y trouve statistiquement plus. Depuis strictement aucune preuve expérimentale n’est venue étayer cette théorie.

La controverse scientifique et médiatique est initiée par un article publié par l’équipe du Dr Jacques Benveniste dans la revue Nature de juin 1988[1]. Cet article décrit la réaction de globules blancs au contact d’un anticorps et conclut que les globules blancs continuent de présenter des réactions alors que l’anticorps est dilué au point d’éliminer statistiquement toute molécule d’anti-IgE dans la solution. Jacques Benveniste et son équipe, membres respectés de la communauté scientifique jusqu’alors, disent avoir fait leur découverte en 1984 par accident.

Le résultat est présenté par les auteurs comme une confirmation potentielle du principe de dilution de l’homéopathie. En 2001, un groupe de scientifiques dirigés par le Dr Madeleine Ennis annonce qu’ils auraient obtenu des résultats conformes à ceux obtenus par Jacques Benveniste, mais une plus récente étude scientifique conclut qu’il n’en est rien [2] et depuis lors l’équipe de Madeleine Ennis n’est pas parvenue à reproduire ces résultats devant des expérimentateurs neutres notamment à la BBC en 2003 [3] . Par conséquent, en 2006, aucun résultat scientifique ne permet de confirmer l’existence de la “mémoire de l’eau”.
La controverse sur la mémoire de l’eau

Cette étude a immédiatement un retentissement important dans les médias à grand public. En France, le 30 juin 1988, le journal Le Monde consacre sa une au résultat surprenant de Jacques Benveniste. Dès le mois suivant pourtant, la validité des travaux est remise en doute. Les principales critiques sont de trois ordres.
Un protocole expérimental controversé

Le test utilisé, comptage du nombre de globules blancs ayant une réaction de dégranulation, n’aurait pas été suffisamment fiable car donnant lieu à trop de faux positifs.
La reproductibilité de ces expériences nécessite donc un respect strict du protocole expérimental, ce qui est le préalable incontournable à la critique positive ou négative de ce travail. En 1993, une équipe utilise le même protocole expérimental et ne parvient pas à reproduire les résultats[4]. La difficulté à reproduire systématiquement les expériences constitue le principal reproche adressé à cette étude par la communauté scientifique. Pour cette raison, les expériences sur la mémoire de l’eau sont classées par de nombreux observateurs dans la catégorie des pseudo-sciences.

L’utilisation d’une méthode de comptage donnant moins de faux positifs et éliminant l’influence de l’expérimentateur — cytométrie en flux — a permis au groupe de scientifiques dirigés par le Dr Madeleine Ennis de publier un article en 2001[5][6] dans lequel les résultats sont conformes à ceux obtenus par Jacques Benveniste, alors que Madeleine Ennis s’était déclarée « très sceptique quant au travail de Jacques Benveniste ». Néanmoins Madeleine Ennis, assistée de Jacques Benveniste, n’a pas réussi à reproduire ce résultat à partir du protocole expérimental proposé, lors d’une émission de la BBC où la James Randi Educational Foundation offre un million de dollars à toute preuve d’un phénomène paranormal,

Il est à noter que d’autres chercheurs, dont le Dr Bernard Poitevin, ont refusé de participer à cette expérience, car ils ont considéré qu’elle ne respectait pas le protocole expérimental qui avait conduit aux résultats précités.
Une justification hors du cadre des connaissances actuelles ?

Il n’existe actuellement aucune théorie physico-chimique consensuelle permettant d’expliquer une quelconque forme de mémoire de l’eau. Cependant, il faut remarquer que les modèles qui décrivent la structure de la matière ne sont pas suffisamment aboutis pour exclure définitivement du corpus des sciences les phénomènes décrits ci-dessus.
Conflit d’intérêt

Les recherches de Jacques Benveniste concernant cet article sont financées en partie par les laboratoires Boiron (jusqu’en 1989), spécialisés dans la production de médicaments homéopathiques. Certains y voient un conflit d’intérêt. La subvention de recherches médicales par des laboratoires et firmes pharmaceutiques privés est chose courante en recherche et ne cause en général pas de problèmes. Les auteurs d’articles scientifiques doivent, au moment de la soumission d’un travail, déclarer sur l’honneur qu’ils n’ont pas de « conflits d’interêts » et, s’ils en déclarent un, dire lequel.

Certains qualifient l’utilisation de l’argument du financement comme argument ad hominem. Quand Jacques Benveniste demanda le soutien des homéopathes après son éviction de l’INSERM pour continuer ses recherches, il n’obtint que trois réponses positives.
Une “bonne” chose pour le débat scientifique ?

La publication de Benveniste dans les “proceedings of mollecular biology”, constitue un exemple d’étude engagée sur une expérience non reproductible et où la volonté de faire apparaître un résultat prend le pas sur la rigueur scientifique. L’épisode de la fusion froide est un autre exemple où les convictions perturbent l’analyse des résultats. « Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges » (Nietzsche).
Quelles qu’aient été les erreurs expérimentales, l’épisode prouve que la méthode d’évaluation scientifique fonctionne correctement. La publication dans une revue scientifique constitue une proposition de nouvelle théorie qui doit être vérifiée ensuite par d’autres équipes de recherche.
La revue Nature, critiquée pour avoir publié l’article, désavoua le résultat un mois plus tard après que le directeur de la rédaction, accompagné d’une équipe incluant James Randi, un spécialiste du paranormal, eut mené une enquête dans le laboratoire de Jacques Benveniste.
Il arrive très souvent qu’une thèse scientifique publiée dans une revue de haut niveau soit par la suite réfutée, il s’agit même du fonctionnement normal de la science. La passion soulevée par la mémoire de l’eau tient en partie à un emballement médiatique dû au caractère insolite de la découverte et au lien avec une éventuelle validation scientifique de l’homéopathie.

Certains scientifiques qui défendent les résultats des Dr. Benvéniste et Ennis ont exprimé le sentiment d’avoir affaire à une sorte de cabale, notamment par l’intervention dans les débats scientifiques du magicien Randi. Le laboratoire créé par Jacques Benveniste a poursuivi ses travaux aprés sa mort.
Cas des substances chimiques ou minérales insolubles

Les substances chimiques ou minérales insolubles sont déconcentrées c’est à dire diluées par trituration dans du lactose jusqu’à l’obtention du seuil de solubilité requis.Ceci permettra de préparer la première dilution liquide.
Elles sont donc produites par trituration avec un pilon dans du lactose selon le site Boiron à la rubrique préparation. La dynamisation n’est pas explicitée ni la notion de seuil de solubilité requis.
Bref, beaucoup de prépérations homéopatiques ne se font pas avec une “mémoire de l’eau” ; probablement faudra-t-il inventer la mémoire des poudres.
Période post- Benveniste

Laboratoire Digibio
Le laboratoire Digibio, fondé par Benveniste a poursuivi ses recherches aprés son décès :

« Ces quatre dernières années, soutenus par des investisseurs financiers et industriels, nous sommes entrés dans une phase d’accélération : constitution d’une société, apport de capitaux et renfort de l’équipe par des compétences nouvelles et complémentaires. L’équipe est encore très restreinte mais pluridisciplinaire, et par son dynamisme, progresse à grands pas. Les résultats ne se sont pas fait attendre : depuis fin 1997 des avancées technologiques importantes ont eu lieu qui ont débouché non seulement sur le dépôt de six nouvelles demandes de brevet, mais aussi sur un protocole experimental relativement simple qui permet de valider une partie des phénomènes en question. Depuis Octobre 2000, nous disposons d’un automate qui effectue entièrement les expériences. Ceci nous permet de multiplier les résultats, de finaliser notre recherche et de préparer l’exportation de nos techniques vers des laboratoires extérieurs. »

Il semble que les activités de ce laboratoire ont cessé en 2001, sans avoir jamais rien pu prouver. En effet, sur son site internet [7], toutes les publications et lettres d’information sont antérieures à cette date.
Nouvelle approche: la technique de thermoluminescence par Louis Rey

Régulièrement, des chercheurs tentent de vérifier si l’eau a une mémoire. C’est le cas de Louis Rey, chimiste suisse. Pour réaliser son expérience, il a utilisé la technique des homéopathes qui prétendent que, même si une substance curative n’est plus présente dans l’eau, la mémoire de cette substance est capable de guérir les patients. Ses travaux, prudents, divisent encore les scientifiques. L’expérience du chimiste Louis Rey a été publiée dans la revue scientifique Physica A en mai 2003.
Le chercheur a étudié un échantillon d’eau en utilisant la technique de thermoluminescence : l’eau refroidie à l’état de glace, puis irradiée, émet de la lumière lorsqu’elle est réchauffée.
Ainsi, au fur et à mesure que la glace se réchauffait, Louis Rey a observé deux pics de lumières à -153,15°C et -103,15°C.
“Succussion” homéopathique

Après avoir mélangé du chlorure de lithium à de l’eau, il a répété la même expérience. Avec cette solution, le deuxième pic avait disparu. En effet, ce pic reflète les liens hydrogènes à l’intérieur de la glace et le chlorure de lithium détruit ces liens.

Pour vérifier si l’eau a une mémoire, le chercheur a ensuite reproduit l’expérience en diluant la solution jusqu’à 10-30g/cm3 et en l’agitant énergiquement. Cette technique de dilutions et d’agitations successives, appelée “succussion”, est utilisée par les homéopathes pour fabriquer leurs médicaments.

Alors qu’à ce niveau de dilution la solution a très peu de probabilité de contenir encore une seule molécule de chlorure de lithium, les résultats montraient également une baisse du deuxième pic, prouvant que des liens hydrogènes avaient été détruits.
Un “effet fantôme”

Cette expérience prouve-t-elle que l’eau a de la mémoire ? Les scientifiques sont divisés. Certains n’y croient pas du tout. “C’est un artefact, n’importe quelle molécule devient concentrée entre les cristaux de glace et donc peut causer ces effets” rétorque Martin Chaplin, expert en liens hydrogènes de l’eau à l’université South Bank de Londres.

En revanche, pour Mae-Won Ho, directrice de l’Institute of Science In Society, une ONG militante anglaise qui lutte pour une science “éthique”, cette expérience révèle que “même lorsque les molécules ont été enlevées par dilution, il reste une mémoire de leur présence dans l’eau”.

Raphaël Visocekas, professeur retraité de l’Université Paris-7 et expert en thermoluminescence, tempère ces opinions radicalement opposées. Il note que Louis Rey se montre très prudent dans son article. “Il parle d’effet ’fantôme’, mais ne parle a aucun moment de mémoire de l’eau”, souligne-t-il.

Mais quel serait cet effet fantôme ? “J’interprète cela un peu comme la formation du cristal de givre qui se forme autour d’un germe selon un motif, explique le professeur Visocekas. Même si on enlève le germe, le cristal peut continuer à grossir. Le chlorure de lithium serait ce germe qui amorce la destruction des liens hydrogènes de l’eau, ensuite la structure garde cet effet malgré les dilutions”.

Mais pour démontrer et expliquer ce phénomène de mémoire de l’eau, il faudrait mettre en place d’autres expériences. “Malheureusement, constate Visocekas, peu de chercheurs se risquent dans cette aventure, de peur d’être discrédités à leur tour”. Dans ces conditions, l’eau continuera vraisemblablement à garder ses secrets pendant quelques années.
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